Mercredi 27 septembre

Fébrile à mon réveil ce matin. Un constat : cette émotion est présente depuis quelques jours, devenue un « état ». Tellement enthousiasmée par ma nouvelle pratique de classe, je n’avais pas vu cette part de moi qui s’agite. Envie d’aller voir de quoi elle me parle, de l’écouter me dire ce qui l’angoisse.

Observation : ce matin 4h30. Mes yeux s’ouvrent un court instant, je les referme, rien à faire : le sommeil est parti. Mon cerveau s’est mis à préparer ma classe, à calculer comment amener Sofiane à se mettre au travail pour d’autres raisons que  » Faire plaisir à ses parents », « Obéir à la maîtresse » ou « Avoir une bonne note (couleur) à son évaluation ». Je m’interroge aussi sur : « Comment poser les limites à ceux qui les cherchent sans utiliser mes anciens leviers (punition, cris, cahier de liaison) ? ». 5h30 : Mon mental qui s’agite. Mon corps qui aspire à dormir. Décentrage.

Est-ce un besoin de sécurité ? Me rassurer en envisageant tout ce qu’il peut se passer ? Le retour d’une de mes stratégies favorites : contrôler pour me donner l’illusion de la sécurité ?

Ma nouvelle pratique de classe est coûteuse en énergie. Comme si j’avais enlevé les petites roues de mon vélo. En perpétuel déséquilibre depuis 3 semaines. Heureuse de ce nouveau vélo, de ce cadeau que je m’offre en vivant une nouvelle façon d’Etre dans mon travail. Et en même temps, une tension liée à la recherche du nouvel équilibre, tangage à droite, tangage à gauche. En apprentissage permanent.

Et comme une évidence : pas envie de remettre les petites roues. Des besoins d’apprentissage et d’évolution tellement vivants …

Comment accorder toutes mes parts ? Celle qui a besoin d’être rassurée et celles qui souhaitent vivre l’expérience pleinement. Prendre le temps d’écouter ma part inquiète, mon enfant intérieur, lui dire : je t’ai entendu et j’ai envie de prendre soin de toi. Ok pour aller à ton rythme, prendre le temps. Câlin.

Une douceur qui s’installe. Un apaisement.

Et cette conviction que toutes les réponses sont là, qu’il me suffit d’être en présence de moi, rejoindre cet espace paisible, mon silence au milieu de l’agitation. Recentrage.

Me laisser pousser par l’élan de vie, sentir le vent de l’été, doux et chaud, dans mon dos …

… et trouver l’équilibre.

Dimanche 24 septembre, 18h

Les dernières minutes du festival pour l’Ecole de la vie à Montpellier.

La question d’un participant à la conférencière: « Pourquoi vous et les autres intervenants n’allez-vous pas trouver la ministre de l’Education Nationale pour proposer vos services? »
La réponse de la conférencière: « Cela ne sert à rien, regardez ce qui est arrivé à Céline Alvarez. Plutôt rester dans les écoles alternatives pour montrer ce qu’il est possible de faire. »

Et là, en moi, un grand : NON! Pas ces mots là, pas maintenant, pas ici devant un parterre rempli d’enseignants de l’Ecole Publique .

Je me retourne vers mon amie et lui dit : « Je suis dérangée là ». Elle me répond: « Moi aussi » et rajoute : « Demande le micro et dis ce que tu en penses ». Je ne m’en sens pas capable, pas pour l’instant. Je lui réponds: « Toi, tu sauras mieux le faire ». Elle hésite. Fini par lever la main… Trop tard. La conférencière s’en va.

La frustration, celle de n’avoir pu porter une parole d’élan sur les possibles dans nos classes « Éducation Nationale ».

Une frustration créative. Nous nous formulons, mon amie et moi, le vœu de revenir l’année prochaine, dans ce festival pour faire une conférence. Le sujet: compte-rendu d’une année de pratique de classe en mode « Ecole de la vie », dans le système éducatif public.

Rendez-vous dans un an.

Dimanche 24 septembre, 9h

Montpellier, Festival pour l’école de la vie

La foule. 12 000 personnes, des allées bloquées par le monde, des lieux de conférence difficilement accessibles. Ca déborde …

Matin de ma seconde journée. 8h30.
Une impatience: me retrouver à nouveau au milieu de ce flot, de cette marée humaine venue là pour partager tous les possibles de l’école, des écoles.
Me laisser bercer par les mots des conférenciers qui parlent de psychologie positive, de neurosciences, de bienveillance…
Etre émue en lisant un élan semblable au mien dans les regards croisés.
Vibrer en entendant les cris d’approbations et les applaudissements.

Frissons dans mon dos.

Nous sommes en marche, le mouvement est là, visible à mes yeux.

Vendredi 22 septembre

Vendredi soir, fin d’une semaine de classe, un mélange de joie, de fatigue et une envie de partager le vécu de ces premiers moments d’une année scolaire.

Une certaine effervescence aussi, probablement liée au fait de déposer mes premiers mots sur la toile.

Le terme usuel de «Maîtresse» qui désigne mon rôle ne me convient plus. Je préfère me dire que je suis dans «un collectif» composé de 29 enfants et une adulte. 30 Etres réunis pour une expérience de partage et d’apprentissages mutuels, le temps d’une année.

Il y a quelques temps, je découvrais la Communication Nonviolente. Ma paire de chaussures pour être en relation avec moi et avec les autres. Et de là en découle un élan, celui de mettre l’Empathie au cœur du système scolaire. Le système scolaire public, l’école pour tous.

Pas envie de faire la révolution, ni de juger ce que fait mon voisin, juste un choix, celui de vivre mon élan, de passer d’un rêve à une réalité. Celle d’une évolution paisible par l’incarnation de mes aspirations pédagogiques.
Plus de manuel, d’évaluations, de programmations, de jeux compétitifs, de punitions … A la place: des plans de travail, des conseils de classe tous les jours, des jeux coopératifs, des «Comment je me sens-là?», un temps de « Bienvenue » pour chacun tous les matins, des «Contrats de réussite» à la place du listing des turbulences d’un enfant sur son cahier de liaison, des «écoutes empathiques» à la place des menaces …

Je sais ce que je ne veux plus faire, plus vivre. En pleine expérimentation sur le «Comment faire à la place?». J’avance en terrain inconnu. Je sens que mes anciens mécanismes ne sont pas loin, prêts à revenir dans les moments d’instabilité, dans ces instants où je me dis « Mince, je n’avais pas prévu ce cas de la figure, je ne sais pas quoi faire!» ou bien « C’est le bazar total là… ». Il y a aussi ces soirs où je me fais la réflexion que ce que j’ai fait était bien loin de mon intention de départ. Et ces mots déjà formulés au collectif: «Je me sens démunie, je regrette ce que j’ai dit, avez-vous une idée sur la façon dont nous pourrions gérer ensemble ce problème?». La surprise aussi d’entendre leurs idées créatives si pertinentes et leur compréhension face aux cafouillages.Touchée de voir leur enthousiasme au milieu de ce nouveau fonctionnement, l’adhésion des parents lors de la réunion de rentrée…

Aujourd’hui, Vendredi 15h :
Les enfants ont fait leur premier «moment de pitreries», la «Danse des canards» (musique de leur choix), chorégraphie de 10 membres de notre collectif, au milieu de la classe. Surprise d’y voir Eva, d’habitude si effacée …
Comment en sommes-nous arrivés là? Lundi dernier, lors du temps de regroupement, plusieurs enfants parlent de leur besoin de rire. S’en suit une recherche collective de stratégies pour répondre à ce besoin. Créativité du groupe: des exclamations «Moi je sais faire le pitre !», « Moi, aussi ! ». Décision du collectif : un temps de «pitreries» tous les jours à 15h. En les regardant gesticuler, hilares, sur la « Danse des canards » je me suis d’abord dit :«C’est une première, 15 années d’enseignement et jamais une telle pagaille dans ta classe ». S’en est suivi un moment d’insécurité :«Le calme va-t-il revenir ensuite ?» et enfin : le rire qui me gagne moi aussi. Lâcher-prise et confiance. Moment de partage, de légèreté et d’humour.

Et là, ce soir, une impression, celle de voir en filigrane, la naissance d’un collectif, de nouveaux liens, une première étape vers l’Empathie?

Mercredi 20 septembre

Premier post. Premiers mots … et peut-être les derniers?

Pas certaine d’oser franchir le pas.

Une petite voix intérieure qui chuchote: Vas- y, tu as tant à dire, à partager.

Des mots alignés, en fil indienne, prêts à sortir, genre: Ça y est, c’est à nous?!!!. Début de bousculade.

OK, on y va les gars!