Samedi 30 décembre

Une expérience qui commence en septembre dernier : un « collectif-classe », une « maitresse » et une psychologue scolaire. Quelques jours après le début du projet, des mots qui arrivent. Début d’un témoignage. D’abord sur un compte Facebook, des partages dans des groupes et là : une sortie de cet espace fermé, l’élan du partage qui se décuple.

Ce blog vient de naître. Pleine gratitude pour Claire Djebabera Pellerin qui l’a constitué et son « C’est très gentil mais je n’ai rien fait » quand je la remercie, juste là avec le besoin de contribuer. Gratitude pour Philippe Clement et son cadeau, le nouveau logo de Marie écrit : une troisième plume, réunion de la première et de celle offerte par  Marc Valenzisi
Claire, j’ai envie de reprendre le dernier mot que tu m’as écrit hier soir:
« Go »

Mardi 19 décembre

Rencontres.

Julian est là, avec sa mère. Tendue. Elle me le dit: « Je ne comprends pas votre méthode, je suis inquiète pour la 6ieme, je me dis que Julian ne va pas être prêt ».

Je l’écoute, durant un long moment et reformule ses paroles. Envie d’accueillir cette mère avec son inquiétude et aussi de comprendre ses besoins. Tout d’abord mes mots pour reformuler ses angoisses: « Vous voulez le meilleur pour votre enfant et vous êtes inquiète pour lui, pour sa scolarité, est-ce cela? ». Et seulement ensuite un : « Avez-vous besoin de clarté sur ma façon de travailler et d’être rassurée par rapport à l’application du programme ? ». La mère de Julian qui acquiesce. Je n’ai pas commencé à la rassurer et déjà j’observe ses épaules qui se relâchent, la détente dans ses yeux, celle qui dit : « Ça y est, je me sens comprise, entendue, reconnue dans ce qui m’habite. »
Elle rassurée et moi libre de continuer ma pratique.
A peine quelques mots pour décrire ma méthode, un tableau de compétences du Cm2 complété.
Je perçois que l’essentiel s’est joué juste avant, dans ce moment de connexion.

Et puis il y a les parents d’Hugo, arrivés avec cette même inquiétude. Avec eux, je me suis préparée à toutes les étapes, sauf la dernière, pas prévue, celle des remerciements … Mes yeux qui s’embrument.

Un : « Vous êtes émotive, il me semble… »

« Oui… »

Mercredi 6 décembre

11h10, la fourmilière en plein travail, par groupe ou seul, sur fichier, avec un jeu, un livre … au choix. Et quelques enfants autour de moi, décidés à réciter leur poésie. Théo est là, il s’agite. Son tour arrive, il fond en larme, la tête dans ses mains. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je lui demande, il ne répond pas. Louis est debout à côté de lui, il lui pose alors la main sur l’épaule et m’explique, la voix grave : « Je sais ce qu’il lui arrive, il a le trac, cela l’angoisse de te réciter la poésie, moi aussi j’ai ressenti ça vendredi « . Je comprends que Louis est venu pour soutenir son camarade. Entre deux sanglots Théo confirme qu’il a appris sa poésie mais que devant moi il n’y arrive pas. Je suggère alors à Théo de choisir un enfant qui a appris la même poésie que lui pour la réciter à deux. Théo m’explique qu’il a déjà cherché dans le groupe et que personne a appris la même poésie que lui. Louis propose : « Si tu veux, moi, j’apprends la même poésie que toi la prochaine fois ». Entre temps Tom et Sofiane sont arrivés, ils entourent Théo et lui disent : « Mais tu viens de nous réciter ta poésie dans le couloir! Vas-y, on est avec toi! ». Et je rajoute : « Oui, on est tous avec toi Théo! ». Sofiane s’exclame : « On a qu’à retourner dans le couloir avec la maîtresse et là tu pourras sûrement réciter ». J’acquiesce. Sauf que Théo explique qu’il est bloqué. Je décide alors de le laisser avec ses camarades et propose de revenir dans quelques minutes. Je les observe de loin. Des mots et des gestes à la fois chaleureux et entraînants. Le collectif qui soutient un des leurs. Touchée de les voir ainsi.

Théo n’a pas récité sa poésie aujourd’hui, je lui ai finalement proposé de reporter à demain. Laisser passer l’émotion du moment.

Je mesure que ce qui est anodin pour moi: réciter quelques lignes de poésie devant la « maîtresse » peut déclencher beaucoup de stress chez un enfant. Garder cela en tête. L’angoisse, ce frein inhibiteur d’apprentissage.

Et envie, aussi, de soutenir Théo, de revenir le voir demain avec un « Comment puis-je t’aider à relever ce challenge? » . Théo m’a déjà expliqué, avec ses mots, se sentir submergé par ses émotions. Comme je te comprends … Partage avec Théo, quelques mots pour lui, pour moi: « Ta sensibilité, c’est ta force Théo… C’est notre force à nous deux, à nous tous ».

Vendredi 1er décembre

Le doute.

Marie doute. La part de moi qui se juge. Mon espace paisible difficile à rejoindre, celui de l’accueil bienveillant de ce qui est, de ce que je suis. Focale sur ce qui ne fonctionne pas. Consciente qu’il s’agit d’un passage, le même que celui vécu par les enfants face à un nouvel apprentissage. Tous logés à la même enseigne. Le moment d’instabilité avant l’arrivée au prochain palier d’apprentissage. La traversée du tunnel.

Ok, tu doutes…. Mais c’est pas nouveau ça … D’habitude tu as l’énergie qui permet de le vivre… Et puis normalement quand tu prends conscience que tu as besoin de bienveillance, une sérénité revient. Et là ce n’est pas le cas. Il y a autre chose, il me semble … une autre part de toi en résistance.

Flash back.

Janvier 2017, directrice d’école, en décharge totale, pas de classe. Et un « Ca y est, mon objectif de départ est atteint, challenge relevé: à la direction d’une des plus grande école du coin … Et on fait quoi maintenant? « . Un constat: le décalage entre mes aspirations et mon travail. Et un visuel apparu après ma rencontre avec la communication Nonviolente: plus envie d’exercer mon pouvoir sur les autres et pas encore les cartes pour « faire différemment ». Donc une décision à ce moment là: j’arrête. Je quitte ce poste pour retourner auprès d’eux, les enfants. Faire moi-même ce à quoi j’aspire : la bienveillance, un enseignement à l’écoute des besoins et du rythme de chacun. La relation d’égal à égal.

Juillet 2017: je ferme la porte de mon bureau de directrice et réouvre la porte de la classe. Un soulagement, une joie et le goût du challenge dans la bouche.

Septembre 2017: une équipe autour de moi, on y va! L’élan. Le souffle dans mon dos.

Bien. Tout ceci me semble heureux….

Sauf que :

Mardi 28 novembre: une part de moi qui s’exprime. Un ras-le-bol adressé aux autres parts. Cette part en a marre qu’on la sort régulièrement de sa zone de confort, fatiguée des challenges . Elle dit qu’elle a besoin de douceur, d’aller à son rythme, qu’on prenne soin d’elle. Elle dit qu’elle ne souhaite pas interrompre le projet, elle veut juste être reconnue, que les autres parts l’entendent. Dialogue entre mes parts, écoute mutuelle , conciliation des besoins de chacune.

Stratégie commune:
Pause dans ma bulle. Recharge des batteries pour mieux redémarrer. Week-end cocooning.