Lundi 15 janvier

8h20

Je rentre dans la classe par la porte intérieure. Ils sont là, côté cour, devant de la porte vitrée.

Je sais qu’allumer la lumière de la classe donnera le signal. Et qu’un « Elle est arrivée! » suivra. Une joie qui monte en moi, effaçant les réveils laborieux et toutes les petites contrariées du matin.

J’ouvre la porte, me cale sur le côté avec un « bonjour » suivi du nom de chacun. Rencontres. Croisement de regards. Des sourires, des « têtes bougonnes ». Léo qui me raconte sa blague choisie pour « moment de pitrerie ».  Lily qui vient me faire un état des lieux de sa nuit. Lola qui dépose sa contrariée du moment ou sa bonne nouvelle. Il y a eu Mathis qui s’est assis à sa table et a fondu en larme, il y en a eu d’autres. Un concours de toupie qui démarre dans un coin de la classe. Des papotages dans le couloir. Max pour qui ranger toutes ses affaires et sortir sa trousse est un rituel nécessaire. Ceux qui aiment aller s’asseoir au coin «Zen» et plonger leurs mains dans le plateau de sable. Les curieux regroupés devant l’emploi du temps de la journée. Chacun s’affaire, répond à ses besoins, se prépare pour commencer la journée.

A peine dix minutes, parfois un peu plus quand le besoin s’en fait ressentir. Laisser le collectif aller à son rythme, aller au mien, dans la confiance que les apprentissages n’en seront que meilleurs au moment venu.

8h30, mon « On se retrouve au coin regroupement ? », et d’un coup, les tables qui se poussent, l’espace qui se crée, la tribu se rassemble, assis sur les coussins dans un coin de la classe.

Une nouvelle journée qui démarre…

Mercredi 10 janvier

Ma juste place.

L’insomnie d’avant la reprise des classes. Dimanche soir, 23h30: ma classe est-elle prête pour demain? Une liste de tâches qui s’accumulent dans ma tête. Mes aspirations transformées en exigences : répondre aux besoins de chaque enfant dans une journée programmée au millimètre.

Nuit courte, réveil: angoissée.

Décision de plonger en moi. Rencontre avec cette part qui m’oppresse, m’épuise, martelant la croyance qu’elle seule peut subvenir aux besoins de l’Autre. La sauveuse et sa cape de superwoman. Surprise de la voir. La résurgence de ce que l’on croyait acquis, les anciens mécanismes qui réapparaissent.

Reconnexion avec cette évidence qui me réconforte, me libère : le potentiel de chacun à répondre à ses besoins, à mettre en place ses propres stratégies pour grandir. Un apaisement qui se fait en moi. La confiance en l’Autre, le plaisir de répondre à ses besoins en toute liberté, sans dépendance : ni la sienne, ni la mienne.

Et un constat en fin de journée : j’ai déposé « les outils », les enfants s’en sont servis pour apprendre.

Le doux souffle de la légèreté … Sourire.