Mercredi 28 mars

Fin du temps de regroupement, les élèves qui se lèvent pour retourner à leur place et Eva qui me chuchote : « Maman, elle m’a demandé si on allait faire la minute de silence en hommage au gendarme tué dans l’attentat ».

Le signal que j’attendais pour déclencher (ou pas) ce sujet. Laisser la spontanéité à tout élan d’hommage.

Je propose donc aux enfants de se rassoir et relais les mots d’Eva, à sa demande.
Tous veulent parler en même temps. Une agitation qui monte.
Je tente de rétablir le silence, consciente qu’une émotion est là, je demande qui souhaite dire comment il se sent. Tour de paroles. Des « J’ai peur » formulés et ce « Pourquoi? »…

Un sentiment d’impuissance en moi. Juste capable d’accueillir leurs émotions et la mienne.

Puis ma question, la voix vibrante : « Souhaitez-vous faire un hommage? Si oui lequel? ».

Un « oui » spontanée à l’hommage.

Surprise par la première proposition : applaudir pendant une minute. Mes larmes pas loin …
Léo propose de chanter la Marseillaise, Paul de faire une minute de silence.
Décision: faire les trois.

Un silence complet suivi d’applaudissements et de ce chant. L’énergie du vivant au milieu de la peur, face à la mort.

Hommage du collectif.

Mes larmes qui coulent …

Et cette question, comme une urgence, adressée à nos dirigeants : « Qu’attendons-nous pour placer l’empathie au cœur des apprentissages scolaires? … »

Lundi 26 mars

L’aventure qui continue et à nouveau les mots qui reviennent.

Début février, passage à vide, au milieu d’une tempête personnelle. Et cette fin de journée où plusieurs enfants du collectif-classe me disent  : « Tu nous cries dessus là! ». Et mon: « En effet, je m’excuse », sans plus d’explication. Une prise de conscience: mon vécu personnel qui impacte sur ma façon d’enseigner, plus les moyens d’être dans l’empathie avec l’Autre, avec moi. Tensions généralisées.
Le lendemain matin, au coin regroupement, j’explique au collectif: « Voilà, je suis angoissée, à fleur de peau, je vis des choses dans ma vie personnelle qui sont complexes, vous n’êtes en rien responsables de cela, je vais faire un effort pour ne pas m’énerver, pour rester concentrée, mais je ne suis pas certaine d’y arriver. J’ai besoin de soutien. Est-ce que vous seriez d’accord pour m’aider? ». Peu de mots de la part du collectif ce jour-là, sinon un « d’accord! », comme un élan, sans plus de questions.
Pendant les semaines qui ont suivi le collectif m’a soutenue. Les tensions se sont envolées et les apprentissages déroulés comme prévu. L’impression de voir les enfants avancer sans moi parfois, gagnant en autonomie. La vie du collectif a suivi son cours et m’a portée.
Et puis, il y a quelques jours, je leur ai dit que je ne me sentais plus angoissée, que mon énergie était revenue, leur expliquant le détail de ce qui m’est arrivé. Accueil joyeux du collectif, un « Ah, la maîtresse n’est plus angoissée! ».
Ces mots posés il y a quelques semaines, ceux d’une « maitresse » qui dit sa vulnérabilité, ses difficultés pour exercer son rôle et une « classe » qui s’apaise, soutient et continue les apprentissages. Quand les mots deviennent des fenêtres …
Gratitudes.